Un déménagement animé - Joseph Barkley

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Un déménagement animé

Un déménagement animé - Joseph Barkley

Il y a des jours comme ça, où il serait préférable de ne pas se réveiller. Ni même de sortir. Il est 8h30 du matin et je suis déjà très en retard. Je dois aller rejoindre un ami qui doit déménager aujourd’hui. Je lui avais fait la promesse d’être là, à l’heure. En arrivant, je remarquais que le camion était déjà à moitié plein. Je me dépêchais tout en m’excusant auprès des deux autres amis restés en bas, de monter dans l’appartement pour prêter main forte. Quelle ne fut ma surprise de voir déjà ses parents présents. Mais le plus drôle était de voir la guerre ouverte entre mon ami, son père, le propriétaire et le nouveau futur locataire. Dans le brouhaha des grognements que faisaient les quatre personnes face à moi et la mère y rajoutant de temps en temps avec sa voix de crécelle. Je réussis au bout de quelques minutes à comprendre quelques mots qui revenaient sans cesse. Des comptoirs de cuisines faits pas des cuisiniste Rive-Sud, et qui sont plutôt massifs et lourds. Sur le coup, je ne savais s’il fallait prendre part à la discussion, ou continuer à aider à emballer quelques affaires pour les descendre en bas. Ma présence excita les parents de mon ami qui me demandèrent de donner mon avis au sujet de leur dispute.

À son arrivée, l’année dernière dans son appartement, mon ami avait demandé à son père de lui faire quelques travaux dans la cuisine. Celui-ci, profita de l’occasion pour montrer son savoir-faire et fabriqua une dalle en béton. Le soir venu, le fameux comptoir de béton avait remplacé du vieux carrelage abîmé. Mon ami ne pouvait espérer meilleur cadeau pour son appartement. Cette dalle, agencée comme un comptoir de bar, avait servi pendant un an comme reposoir à coudes pour toutes les personnes qui étaient venues jaser et prendre un verre. Cette fameuse dalle de béton qui, au premier jour, était lisse et scintillante, avait fini l’année cachée sous un amas de tout et n’importe quoi. Elle avait rétréci chaque jour un petit peu plus au fur et à mesure qu’un précieux fouillis se déposait sur elle comme un parasite recouvre sa proie. Les derniers mois, il fallait repousser du point ce qui y traînait pour pouvoir poser son verre.

Aujourd’hui, elle était la cause d’une discorde pour laquelle on me demandait de prendre part. Le père réclamait que son œuvre lui soit rendue, le fils aussi. Cependant, sans le savoir, le propriétaire l’avait utilisé comme argument majeur pour la location de l’appartement. Le débat était houleux. Je me surpris à faire le juge en demandant à ce que le père puisse avoir le temps de faire des travaux, et de remettre du carrelage, et que la dalle suive mon ami dans son nouvel appartement. La dispute repris de plus belle. Je fis signe aux autres amis de décrocher le comptoir et de repartir avec. Le propriétaire hurlait de rage et le nouveau locataire fit signe de quitter les lieux. Nous étions six pour porter la dalle vers la sortie. Aux premières marches de l’escalier, le propriétaire se mit face à nous pour bloquer le passage, ce qui nous déstabilisa. La dalle nous échappa des mains pour se fracasser en bas, sur le trottoir, sur un autre béton. Je pensais à ce moment-là que le déménagement était fini. Tout le monde se relayait maintenant pour hurler à qui mieux mieux. À ce moment-là, je me décidais de rentrer chez moi pour me faire un bon souper. Car, croyez-moi, comme le disent les Français, j’avais vraiment la dalle.